Pause

Le silence règne dans cette pièce qui m’a si souvent vue penchée là à écrire. Se doute-t-il que tout est différent aujourd’hui ? Comprend-il à quel point j’ai changé depuis la dernière fois que je me suis assise à ce bureau pour écrire ? Cela ne fait que quelques mois, au maximum une année entière ; j’ai pourtant l’impression que ça a duré des siècles.
Dans ce calme apparent s’élève doucement le chant de ma plume, timide, désœuvré, hésitant. Le son est ténu, discret – il ne réveillera pas l’enfant endormie dans la chambre côté. La voilà, la source de tout ce changement : ce petit être plein de vie que j’ai porté pendant neuf mois et qui occupe désormais mes journées. Pour elle, j’ai dû abandonner quelques passions en cours de route, d’abord par manque de force et maintenant par manque de temps. Je ne le regrette pas, c’est impossible de regretter quelque chose face à tout le bonheur qu’apporte un enfant.
Mais l’écriture fait partie de moi, m’a construite, m’a amenée jusque-là. Je peux l’oublier quelques temps, la reléguer au dernier plan de ma vie, elle finira toujours par revenir. Parce que j’ai besoin d’elle. Parce que coucher des mots sur le papier est la seule façon que j’ai trouvée de vider mon cœur de ce flot d’émotions qui le parcourt, de me ressourcer, de m’apaiser. Aujourd’hui peut-être encore plus que jamais auparavant, car donner la vie est une aventure bouleversante qui ne laisse pas indemne.

Le silence règne autour de moi, ma plume glisse sur le papier et les mots viennent, peu à peu plus fluides. Ils s’avancent, ils dansent presque puis s’immobilisent là sur les lignes, comme si c’était leur juste place, l’endroit où ils auraient toujours dû se trouver. Certains jours, je voudrais être l’un d’eux. C’est sûrement si simple d’être un mot. On les trace, on les épelle, on les énonce à haute voix… On les rature, on les raye, on les efface parfois… Mais personne ne peut tuer les mots, personne ne peut les briser, personne ne peut leur enlever ce qu’ils ont de plus cher au monde. Ils n’ont pas de doutes, ils n’ont pas de peurs… mais peut-être n’ont-ils pas d’amour non plus, alors qu’ils savent si bien en parler.
Le silence règne, certainement plus pour très longtemps. J’ai profité de cette petite heure de tranquillité, cette pause, pour m’asseoir à mon bureau, ouvrir le tiroir et sortir mes cahiers afin de relire mes histoires en cours d’écriture. Elles sont toujours dans ma tête, au fil de mon imagination… mais j’ai si peur de ne pas arriver à les continuer et les terminer un jour.
Serai-je capable de reprendre le cours interrompu de ces mots, de ces phrases ; de transcrire noir sur blanc pour mes personnages ces vies que je leur ai inventées ? N’y aura-t-il pas une cassure au beau milieu de ces pages, parce que je ne suis plus celle que j’étais avant ? Trouverai-je bientôt le temps, l’envie, le courage de me remettre à écrire ? Parce que même si l’écriture me manque, elle n’est pas facile ni reposante pour moi, elle ne l’a jamais été. Elle finit par m’apaiser, certes, mais au prix de nombreux tourments. Quand je vois ce qu’est ma vie aujourd’hui, je ne suis pas certaine de vouloir, ou bien d’être prête, à éprouver de nouveau tout cela… Et c’est sans doute ce qui me fait le plus peur.
Peut-être que je dois me laisser encore du temps. Peut-être que tout reviendra naturellement. En attendant, je sais qu’il y aura toujours ma plume, mes cahiers et mes histoires dans le tiroir, dans le bureau, avec un peu de silence autour… comme une petite bulle d’air, une boîte aux trésors imaginaire, que je peux garder du côté du cœur pendant que la vie m’appelle ailleurs…

© OPHÉLIE PEMMARTY – TOUS DROITS RÉSERVÉS
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Lettre à Indochine

Le 10 mars 2018,

Je commence à écrire cette lettre au lendemain du passage d’Indochine au Zénith de Toulouse. Pourquoi aujourd’hui et pas avant, pourquoi pas plus tard… au fond, c’est inutile de le savoir. Ce qui est certain, c’est qu’un concert d’Indochine nous change, nous bouleverse, nous touche en plein cœur. On s’y rend le cœur léger, euphorique pour certains ou simplement curieux pour d’autres ; et on en revient époustouflé, avec des images et des couleurs gravées sur nos rétines, des sons qui vibrent encore au plus profond de nous, et surtout la sensation d’avoir vécu un moment totalement unique.
Mon premier concert d’Indochine était le 30 mars 2010. En huit ans, j’en ai fait une bonne douzaine sans jamais me lasser, bien au contraire. À chaque fois, j’ai retrouvé cette flamme indochinoise qui s’est allumée dans les années quatre-vingt, a vacillé parfois mais ne s’est jamais éteinte. À chaque fois, j’ai eu l’impression que tout le reste, les soucis, les problèmes, restaient aux portes de la salle et disparaissaient pour quelques heures. À chaque fois, j’ai pu vivre un peu plus fort, et repartir avec une énergie nouvelle pour affronter la suite.
Impossible de me souvenir exactement de la première fois que j’ai écouté une chanson d’Indochine – j’étais trop petite. Ces morceaux représentaient les années adolescentes de mes parents, qui avaient quelques vinyles rangés là sur une étagère. Je me rappelle quand même de cette cassette audio qu’on m’avait enregistrée et que j’écoutais en boucle, Tes Yeux Noirs, Canary Bay, L’Aventurier, Trois Nuits Par Semaine. Je ne comprenais pas les paroles mais j’aimais le rythme et la voix, et c’était tout ce qui comptait. À cette époque-là, Indochine était dans ses « années noires », comme aime à le répéter la presse, mais je l’ignorais. D’ailleurs, le groupe n’était pour moi que ces quelques chansons ; il n’avait pas encore de visage. La première fois que j’ai vu celui de Nicola Sirkis, sans doute à la télévision, je me souviens avoir demandé à mes parents : « Pourquoi il est triste ? »
Et pour cause : nous étions dans les années 2000. J’avais dix ans et encore l’innocence de cet âge ; mais je n’ai jamais oublié ce visage.
Deux années ont passé, j’ai grandi, et surtout je me suis retrouvée confrontée à la mort pour la première fois. J’ai demandé à la lune venait alors de sortir. Je me rappelle d’une journée noire, d’une tombe portée en terre, d’une chambre un peu sombre dans laquelle, avec une de mes cousines, nous avons écouté cette chanson en boucle… Depuis, j’ai du mal à la réentendre sans pleurer, surtout durant les concerts.
L’époque de Paradize a été un moment charnière dans ma vie, le passage de l’enfance vers l’adolescence. J’ai vécu des moments difficiles et quand j’y repense, je réalise qu’à partir de ces instants-là, j’ai véritablement commencé à comprendre les chansons d’Indochine.
Après ça, malgré ou à cause de la douleur, j’ai eu besoin d’une pause. Je croyais qu’en cessant d’écouter Indochine je pourrais oublier le reste, que la peine disparaîtrait… Mais comment ignorer Alice & June quand on a 15 ans et qu’on commence à se construire, au milieu des tourments adolescents ? Impossible.
C’était l’époque ambigüe des amitiés qui s’effilochent parce que les routes se séparent, des goûts qui s’affinent et s’affirment, des rêves qui se dessinent pour nous porter vers des lendemains qu’on espère plus heureux… Douceur et amertume mélangées, parce qu’on touche au bonheur et qu’en même temps, on a la sensation de ne jamais avoir été aussi mal. J’ai commencé à écrire mes premiers textes, mes premières rimes… ce n’étaient encore que des balbutiements mais soudain, il me semblait approcher de l’évidence de ma vie.
Le temps a continué de s’enfuir, jusqu’à me conduire aux portes de la période la plus intense de ma vie d’« Indofan » : celle de La République des Météors. Quel titre magnifique, si poétique ! J’avais dix-neuf ans, et déjà deux romans et un recueil de poésie publiés à mon actif. Pourtant, à ce moment-là, j’étais en panne d’inspiration pour une nouvelle histoire que je venais de débuter… je préférais passer du temps avec mon petit ami plutôt qu’avec ma plume !
Et puis il y a eu Little Dolls.
Little Dolls, et ses mots magiques : « J’attends mon âge, avec toi… Et sauve-moi encore, aide-moi… » Enfin, l’inspiration était de retour. Avec cette douleur et cette peine enfouies en moi depuis plusieurs années et jamais vraiment guéries ; mais aussi une certaine excitation : comme si j’attendais ce moment depuis toujours, comme si tout ne dépendait que de ça. J’ai recommencé à écrire et terminé ce roman, portée par l’écoute de cet album fabuleux chargé d’histoire et de poésie.
J’ai, en quelque sorte, redécouvert Indochine. Et rien jusque-là n’avait changé ma vie à ce point. Je me suis trouvée, enfin.
Il me faudrait des heures et des pages entières pour décrire ce que j’ai ressenti après mon premier concert. Je crois même que les mots sont impuissants à décrire ce que j’ai éprouvé, cet amour et cette admiration infinis, mais aussi ce respect si profond et cette sensation d’avoir eu droit, en quelque sorte, à une renaissance.
Les années qui ont suivi ont été rythmées par les concerts d’Indochine à travers la France, par ces nouvelles amitiés qui se sont tissées grâce à cette passion commune, et par une frénésie d’écriture comme j’en avais rarement connue.
J’ai rencontré celle qui est devenue ma meilleure amie : Indochine nous a réunies alors que nous ne nous serions peut-être jamais trouvées.
J’ai été au premier Stade de France, à ce « Putain de Stade ».
J’ai été aux concerts « Paradize + 10 », et ce soir magique du 2 février 2012 restera à jamais gravé dans ma mémoire : le froid intense, la fatigue après ces deux jours d’attente et de concerts, mais surtout ces quelques secondes merveilleuses pendant lesquelles j’ai parlé à Nicola…
Et puis, encore un peu plus tard, est arrivé Black City Parade… À chaque fois, la même impatience en attendant la sortie de l’album, la même émotion en découvrant les chansons, et la même joie à l’approche des concerts.
Pendant ce temps, le reste de ma vie s’est construit aussi : le petit ami est devenu mon mari, d’autres romans ont été publiés, et une jolie croix s’est encrée à ma cheville, gravée sur ma peau comme pour exprimer physiquement à quel point Indochine fait partie intégrante de ma vie.
Grâce à ce groupe, j’ai pu faire plein de découvertes, aussi bien musicales que littéraires ou cinématographiques. Car c’est aussi ça, Indo, un univers particulier très ouvert sur le reste du monde, qui nous enrichit et nous apprend beaucoup.
J’ai continué mon chemin après ça, en attendant l’album suivant, la tournée suivante. Bien sûr, on a toujours peur que cette aventure s’achève, alors on se dit à chaque fois qu’on doit en profiter comme si c’était la fin. Et même si on s’intéresse forcément à autre chose, si on passe un moment sans écouter Indochine, on sait qu’au fond ça ne nous quitte jamais vraiment.
En 2017 est arrivée La Vie Est Belle. Après toutes les horreurs qu’on a vues ces dernières années, cette chanson était la bienvenue : elle nous rappelle tout simplement que malgré tout ce qu’on traverse, malgré ce qui se passe tous les jours, la vie vaut la peine. Il y a des moments tellement beaux, tellement forts… Des choses dont on ne comprend la valeur qu’en les vivant. Mais si la vie n’était faite que de ça, alors on n’aurait pas conscience de sa beauté.
J’étais enceinte lorsque la chanson est sortie, puis l’album a accompagné la fin de ma grossesse. Depuis la naissance de ma fille, La Vie Est Belle a vraiment pris tout son sens pour moi : je sais désormais ce que c’est que de donner la vie. Son sang est le mien, et je ferai tout pour elle, pour qu’elle soit heureuse, et pour qu’elle trouve sa place dans ce monde qui ne tourne plus très rond.
Encore une fois, Indochine a été à mes côtés durant cette période, la plus incroyable et la plus éprouvante de ma vie. Et aujourd’hui, j’ai quelqu’un à qui transmettre cette passion. J’espère que cela continuera assez longtemps pour qu’elle puisse assister à un concert, pour qu’on puisse partager ça, une fois, elle et moi.
Hier soir, à Toulouse, nous avons embarqué à bord d’un vaisseau ; il a décollé dans un ciel noir pour rejoindre la galaxie indochinoise. C’est un univers où l’on se sent bien, heureux, où l’on a ce sentiment d’appartenance, de légitimité, où l’on est accepté tel que l’on est, qui que l’on aime… Une bulle de musique, de tolérance, de partage, et finalement d’humanité… Un baume sur nos cœurs fatigués, parce que ce n’est pas un peu d’espoir mais beaucoup qu’ils nous donnent. Et quelques heures après ce concert, j’ai fait ce que nombre d’autres fans ont fait et feront : je suis allée acheter des places pour le prochain passage du groupe à Toulouse.
Pour conclure, j’ai envie de dire qu’Indochine a été un pilier dans ma vie, depuis ma plus tendre enfance jusqu’à maintenant. Au fil de ces chansons, j’ai grandi, je me suis construite, j’ai avancé… J’ai découvert la vie, la mort, l’amour… J’ai connu les joies, les larmes, les bonheurs, les peines, les doutes, les victoires, les douleurs, les réussites, les défaites… C’est ce que tout le monde fait, tous les jours. Pourtant, plus tard, quand je me remémorerai tout ça, je sais déjà qu’il y aura cette musique, ces souvenirs, pour illustrer chaque étape de ma vie et leur donner un peu plus de saveur, un peu plus de couleur.
Lorsque j’y pense, je me dis que c’est quand même assez exceptionnel. J’ai commencé à écouter Indochine quand je n’étais qu’une petite fille et aujourd’hui, alors qu’une autre petite fille devient déjà la suite de ma vie, Indochine est toujours à mes côtés.
Merci.
J’ai l’impression que la boucle est bouclée, et qu’en même temps, tout commence…

© OPHÉLIE PEMMARTY – TOUS DROITS RÉSERVÉS

Les Choses

Il y a tant de choses auxquelles on tient. Certaines photos, certains bijoux, certaines peluches. Des albums de musique, des livres, des vêtements. Un parfum, un crayon, un souvenir d’enfance. Un talisman, un porte-bonheur. Un petit mot écrit à la va-vite sur un morceau de papier déchiré.
On a beau en avoir parfois plusieurs, il y en a toujours certains que l’on préfère aux autres. Parce qu’on l’avait avec soi au cours d’une journée ou d’une nuit véritablement merveilleuse. Parce qu’on l’a conservé depuis notre plus tendre enfance et que le revoir nous rappelle tellement de souvenirs. Parce que c’est une personne que l’on aime qui nous l’a donné ou offert. Parce qu’on l’a acheté en croyant que cela nous protègerait des mauvais moments. Il peut y avoir mille raisons différentes mais chaque personne ou presque, en ce monde, possède un objet comme celui-là.
Le fameux jeans qu’on a porté encore et encore, qui est tout usé mais dont on ne veut pas se séparer car il semble fait pour nous. Le billet de concert ou de cinéma, froissé et presque effacé, mais qu’on ne jettera pas car on a passé un moment inoubliable. La peluche que l’on garde depuis notre enfance même si elle ne ressemble plus à grand-chose. Le livre ou le CD qui nous a aidés à traverser des moments difficiles et nous a beaucoup fait pleurer. Le bijou qui signifie tant à nos yeux, comme une promesse, même si elle n’a pas toujours été tenue. Une fleur que l’on a fait sécher, en souvenir.
Ce ne sont que des exemples, chacun a sa personnalité, son histoire, et les objets qui vont avec. Il y a aussi tous ces choses que l’on collectionne furieusement, jusqu’à ne plus savoir où les mettre. C’est presque machinal, instinctif, comme une drogue légère mais dont on ne pourrait quand même pas se passer. On attrape tous ces objets, on les cherche, on les trouve et lorsqu’on les a, on les range soigneusement pour ne pas qu’ils s’abîment. Les plus passionnés reviennent les admirer, tandis que d’autres finissent par les laisser bien rangés comme il faut, mais attention ! Ils ne les jetteront pas, même si ça prend trop de place.
Alors voilà, notre vie est remplie de choses et d’objets que l’on garde plus ou moins précieusement ; et au fil des années, de nouveaux viennent s’ajouter, en fonction de ce que l’on a vécu. Même est ce que ça nous rend matérialiste pour autant ? Non, je ne crois pas. Je pense que toutes ces petites choses-là nous rendent surtout plus humains.
Ce qui ne croient en rien, qui n’aiment pas leurs souvenirs, ne possèdent rien. Une maison vide, aux volets clos, aux murs nus. Ils attendent simplement de vivre certains moments et quand c’est passé, ils n’y repensent plus. Ils n’acceptent rien car ils veulent être indépendants, et ils n’offrent rien non plus.
Je préfère la vie de tous ces passionnés qui gardent et collectionnent, qui protègent et conservent. Ils vivent à deux cent pour cent et même si c’est douloureux, ils se souviennent car ils veulent évoluer sans oublier ce qu’ils ont vécu.
Alors non, toutes ces petites choses ne nous rendent pas si prosaïques, elles nous aident plutôt à nous différencier des animaux, des tyrans, des divinités. À marquer des repères sur le chemin de notre vie et à laisser des souvenirs et des traces pour les générations futures.
Elles nous permettent peut-être de pouvoir exister à travers le temps et l’espace, tant qu’elles sont là, immobiles, silencieuses et immuables ; les seules choses quasi-éternelles à avoir traversé nos vies.

© OPHÉLIE PEMMARTY – TOUS DROITS RÉSERVÉS

Bilan de 2016

Je me suis amusée à compter ce que j’ai écrit cette année : 311 pages (A4), ce qui fait 111 783 mots. Bon, plus ou moins, puisque je n’ai pas épluché tous les fichiers présents sur mon ordinateur. Mais c’est quand même pas mal, hein ? 😉
Je ne l’ai pas fait les années précédentes donc impossible de comparer, mais je pense avoir un peu plus écrit en 2015.
Ceci dit, je ne compte pas les nombreuses corrections et relectures, notamment celles des Somnambules et de La Croisée des Âmes.
Donc, en conclusion, je peux dire que j’ai fait du bon boulot !

Cette année a aussi et surtout été celle des voyages… Là je n’ai pas compté les kilomètres parcourus, mais je suppose que ça ferait une belle somme en regroupant Las Vegas, Los Angeles, Rome, Venise, ainsi que mes escapades à Paris ou en Normandie ! Je vous laisse quelques photos ci-dessous… 

J’espère que 2017 sera aussi riche de voyages (sachant qu’il y en a déjà un programmé en février) et surtout d’écriture (les idées sont là et ne manquent pas)… J’espère aussi que vous serez toujours au rendez-vous !

Merci à tous de me lire ❤

Passé présent & présent passé

On me dit que je vis dans le passé.
Parfois, je le sais, je n’existe qu’à travers des souvenirs et des émotions ou des sensations qui s’y rattachent. Un parfum dans l’air, comme un autre soir de printemps… Une ambiance, feutrée, intense, douce, électrique ; chacune me ramène en d’autres instants… Un air entêtant, une chanson entendue par bribes lors d’un concert ou en attendant quelqu’un… Un goût dans la bouche, sucre ou sel d’une gourmandise dégustée un certain jour qu’on ne voudrait pas oublier… Une photographie figée sur quelques secondes précieuses, un sourire aujourd’hui fané, un merveilleux moment si vite échappé… Tant de détails infimes mais criants de vérité, qui nous rappellent toujours le passé… tant de détails qui nous empêchent d’oublier.
Mais parfois, ne vaudrait-il pas mieux oublier ? Au moins, on n’aurait plus peur de regarder devant soi pour avancer, en laissant le reste derrière. Au moins, on ne serait pas constamment pressés par des courants contraires, les pieds dans le présent, la tête dans le passé et le cœur en pointillés… Au moins, on ne pourrait jamais se lasser de rien, tout serait beau et inédit, une perpétuelle découverte.
On dit qu’il faut vivre l’instant présent, le savourer parce qu’il pourrait être le dernier. Pourtant, l’instant présent s’échappe aussi vite qu’un courant d’air et, le temps d’une respiration, il fait déjà partie du passé. Alors on se retrouve à se remémorer un instant présent déjà révolu, et ce souvenir nous hante même si on ne s’en rend pas toujours compte, parce qu’il reste au fond de nous et qu’il empêche momentanément d’autres de prendre sa place…
Ce qui est certain, c’est que le passé nous rassure : bons ou mauvais souvenirs, on sait qu’ils sont déjà derrière nous, qu’on est heureux d’avoir vécu certains et qu’on n’a plus à craindre d’autres… Ils nous construisent, nous guident, nous font sourire, pleurer, nous empêchent de refaire les mêmes erreurs ou de repartir dans les mêmes directions…
Mais en comparaison, le présent et l’avenir n’en sont que plus obscurs, téméraires, incertains… Qui sait ce qui pourrait se passer juste là, ou bien dans quelques heures, quelques jours ? Le passé a cela de réconfortant qu’on ne peut pas le réécrire, tandis que pour le présent et l’avenir, tout reste encore à faire : des dizaines, des centaines, voire même des milliers de pages à remplir de sentiments, d’expériences, d’émotions, de sourires, de larmes, de douleurs, de battements de cœur…
C’est souvent plus réconfortant de s’enfermer dans un cocon de souvenirs… Jusqu’à ce que vienne ce moment où les couleurs d’un été semblent moins vives que celles du passé, comme si le quotidien les recouvrait d’un voile gris. Il arrive ce moment où tout semblait plus beau, plus grand, plus fort, avant ; juste parce qu’on a oublié de revenir à la réalité, parce qu’on a oublié d’oublier…
Pourtant, je n’ai pas envie d’oublier mes souvenirs, je fais même tout ce qui est possible pour en garder des preuves, des objets, des petits rien qui deviennent beaucoup, témoignages d’instants précieux déjà si lointains… Mais pendant que je fais tout pour me rappeler, le temps continue de filer, et je le perds en essayant de le rattraper…
J’essaie tous les jours de profiter de l’instant présent, et je finis toujours par le ranger aux côtés des moments passés. J’ai déjà tenté d’envisager l’avenir, mais rien ne s’est jamais passé comme je l’avais imaginé. Alors je me raccroche désespérément à tous ces morceaux de vie conservés dans ma mémoire, pour embellir mon présent et avoir moins peur de l’avenir…
Je sais qu’un jour, ils seront trop nombreux pour que je puisse tous me les rappeler et qu’il faudra que j’en oublie ; j’espère ne pas avoir à les choisir, je préfère qu’ils s’effacent d’eux-mêmes sans prévenir. Puis viendra un autre jour, quand j’aurai épuisé tous les instants présents et que j’aurai déjà vécu l’avenir, je deviendrai une fille du passé et j’espère qu’il restera de moi, assez de souvenirs pour qu’on ne m’oublie pas trop vite…

Marcheuse solitaire

© OPHÉLIE PEMMARTY – TOUS DROITS RÉSERVÉS