L’Inconnu

C’est l’hiver. Un matin. Le soleil brille assez pour avoir dissipé les lambeaux de brume qui s’accrochaient encore, çà et là, avec une langueur frémissante.
Le train ralentit. Il traverse la ville lentement éveillée et s’arrête en gare avec quelques soubresauts. Son ronronnement faiblit mais ne s’éteint pas.
Le train va bientôt repartir. Il reprendra sa longue course, avalera la distance sans jamais faiblir ni abandonner. Inéluctable. Il longera des routes et des champs, contournera des forêts, passera sous des montagnes et traversera d’autres villes encore… L’éternel voyageur.
Tandis qu’il attend sereinement son prochain départ, quelques passagers descendent des wagons. En clignant des yeux, comme s’ils se réveillaient d’un long sommeil.
Ils font quelques pas alentour. Les plus habitués se dirigent directement vers la sortie, d’autres hésitent un peu. Désorientés.
L’air est froid et piquant. Mais tout de même pas assez pour se sentir transi.
Parmi les quelques passagers se trouve un jeune homme. D’une trentaine d’années, peut-être moins. Des cheveux blonds en bataille et des yeux couleur chocolat.
Il regarde tout autour de lui, comme dans l’attente d’un signe. Qui ne vient apparemment pas. Alors il se décide, quitter les quais serait déjà un bon début.
Il enfile sa veste en cuir marron qu’il tenait à la main, par-dessus un pull beige à grosses mailles et au col roulé. Il porte aussi un jeans sombre, et des bottes. Assorties à la veste.
Derrière lui, le train repart avec force grincements et fumée. Le jeune homme se retourne pour le regarder. Jusqu’à ce qu’il disparaisse à l’horizon, aussi vite qu’il était arrivé.
Puis il reprend son chemin vers la sortie. Déterminé.
Dans le hall de la gare, les voyageurs se suivent et se croisent. Tous anonymes les uns pour les autres, ou presque.
Des inconnus qui s’en vont, qui arrivent, et laissent là sans même le savoir un infime souvenir d’eux-mêmes. Une particule d’âme en suspension dans le courant d’air.
Des regards se rencontrent et parfois, quelques mots sont échangés, mais rien de plus. Rien qui pourrait vraiment retenir quelqu’un. Ou le forcer à partir.
Le jeune homme passe au travers de tout cela. Imperturbable. Il glisse. Il s’évapore. Il ne s’attarde pas. Puisqu’il a tout laissé derrière lui, et que devant, personne ne l’attend.
Mais c’est normal.
C’est ce qu’il voulait.
D’ailleurs, il n’a aucun bagage. Il n’a rien emporté avec lui, si ce n’est sa veste en cuir marron, les bottes assorties, le jeans sombre et le pull beige. Même ses poches sont vides. Excepté celle qui renferme son portefeuille. Jalousement. Précieusement.
L’extérieur à nouveau. Le matin hivernal, frileux, mais illuminé de soleil.
Le jeune homme regarde devant lui. Puis à gauche. À droite. Encore à gauche, mais où aller ? Il y réfléchit. Il ne sait pas quelle destination choisir. Il se demande de quelle façon recommencer.
Et puis, comme auparavant sur le quai, il prend sa décision. Il va à gauche. Dans la direction du soleil, plus ou moins.
La circulation est fluide, après le trottoir. Il trouve la ville plutôt belle. Lumineuse.
Ses pas le mènent jusqu’à la porte d’un bar-restaurant déjà ouvert, qui semblait l’attendre. Trois tables et le double de chaises se tiennent à côté. Patientes.
C’est l’hiver, mais il fait plutôt beau. Il se dit qu’il vaudrait mieux se poser un peu avant de repartir. Avant de savoir vraiment où aller.
Le jeune homme pousse la porte, qui agite quelques clochettes au chant cristallin. Une dame aux cheveux gris foncés, entre deux âges, l’accueille avec un sourire aimable.
Il veut juste un café. Il le prendra dehors, au soleil.
La dame hoche la tête puis s’affaire. Il attend qu’elle ait terminé, pose quelques pièces sur le comptoir avant de saisir la tasse chaude et fumante. Il remercie. La dame aussi. Mais qu’elle ne se dérange pas pour lui.
Le jeune homme ressort et s’installe à une des tables. Les rayons de soleil ont presque tiédi le dossier de la chaise. Il s’assied et s’appuie contre celui-ci. C’est confortable.
La première gorgée de café, un peu trop chaude, lui brûle le bout de la langue.
Impatient. C’est un trait de caractère qu’il vient de se découvrir. Il ne l’était pas avant. Mais avant quoi ? Il ne le sait pas vraiment. Les choses changent, c’est tout. Et les gens aussi.
Au loin, le clocher d’une église sonne lentement onze coups. Le jeune homme lève les yeux, son regard fouille l’horizon. Mais l’église est sans doute trop loin, ou peut-être est-il mal orienté pour l’apercevoir. Il hausse les épaules. Peu importe.
Il serre les doigts autour de la tasse bien chaude, la porte à ses lèvres. Une autre gorgée. Ce café est bon. Différent de celui qu’il boit d’ordinaire, c’est certain, mais est-ce seulement ça ?
Il a l’impression de tout découvrir. De tout réapprendre. Exactement comme il le souhaitait.
Le jeune homme prend le temps d’observer ce qui se passe autour de lui. Satisfait. Mais tout de même, encore un peu incertain.
Les voitures défilent, irrégulièrement, dans un roulement feutré.
Qu’est-ce qui l’a mené jusqu’ici, et pas ailleurs ? Il ne saurait le dire. Tout comme il ne saurait expliquer pourquoi il a décidé de partir ainsi, de tout laisser derrière lui.
C’était comme un rêve lointain, une vague envie. Puis un désir de plus en plus pressant. Et enfin, un besoin.
Alors il est parti.
Il a dit adieu, il a fermé la porte et il est monté dans ce train. Jusque-là.
Le jeune homme boit une gorgée de plus. Il écoute pensivement la rumeur de la ville. Les voix qui s’élèvent au hasard des rues, des fenêtres. Et mille autres bruits. Tout lui paraît incroyablement vivant. Il se sent rassuré, petit à petit.
Bien sûr qu’il a eu des doutes. Bien sûr qu’il a eu peur. Ce n’est facile pour personne. Mais ce n’était pas non plus si difficile.
En réalité, il fallait juste prendre une décision. Choisir.
Et c’est à présent chose faite. Il ne lui reste plus que quelques questions ; de sacrées questions, s’il y réfléchit bien.
Il passe une main dans ses cheveux. Il se décoiffe encore plus mais n’y prête pas attention.
Un vieil homme marche sur le trottoir d’en face. Il promène son petit chien, à moins que ce ne soit le chien qui le promène. Il tire trop sur sa laisse. Et il porte un petit manteau au motif écossais, carreaux rouges et verts, qui entrave ses pattes.
Devant son café, le jeune homme sourit. Il les regarde passer. Avant, il aurait trouvé ce fameux manteau hideux. Mais aujourd’hui, il le trouve juste joyeusement moche. Il progresse. Parce qu’il est parti. Définitivement. Du moins l’espère-t-il.
Une autre gorgée de café. La tasse est presque vide.
Les grandes questions reviennent. Il ne pourra pas les éviter longtemps. Et à défaut de leur trouver des réponses, il faudra bien qu’il les considère, les unes après les autres. Pour déterminer si elles sont réellement des questions, ou bien des affirmations. Puisque tout change, peut-être que cela aussi.
Mais quand le fera-t-il ? Encore une question. Et aussitôt après, il se dit : tout de suite.
Inutile d’attendre davantage, de retarder l’échéance. Les dés sont jetés, à présent. Depuis qu’il est arrivé là, les dés sont jetés.
Le jeune homme se laisse aller contre le dossier de la chaise. Il ferme les paupières. Concentré.
Alors, que va-t-il faire, maintenant ? Par quoi, qui, où commencer, recommencer ? Il n’en a pas la moindre idée.
Mais ce n’est pas si grave, il verra au moment.
Ce qui l’inquiète, c’est de savoir si cela va réellement marcher. S’il n’a pas fait une énorme erreur, une erreur irréversible.
Il se dit que seul le temps pourra répondre à cela. Que s’il n’essaie pas, il ne saura jamais. Alors il essaie, même si cela lui semble un peu trop inquiétant. Peut-il vraiment tout reprendre à zéro ? Laisser tomber le reste – le passé – derrière lui, et ne plus jamais s’en soucier ? Est-ce seulement possible, réalisable ?
Il voudrait dire oui. Mais il pourrait aussi dire non. La frontière entre les deux est si mince. Si fragile.
Parviendra-t-il à se défaire de celui qu’il était avant, pour se consacrer à une autre vie ? Pourra-t-il oublier ce qu’il a vécu jusqu’à ce moment pour se concentrer sur l’avenir ?
Il a l’impression d’être à l’aube d’une nouvelle histoire, d’une nouvelle ère. Une renaissance. Il a envie d’y croire. Il y croit même déjà, un peu. Mais est-ce que cela existe réellement ?
Tandis que cette phrase résonne dans sa tête, le jeune homme se pose une dernière question. Qui révoque automatiquement les précédentes : et pourquoi pas ?
Il rouvre les yeux et sourit.
Autour de lui, rien n’a bougé. Et tout a changé aussi. Inexorablement.
C’est ce que l’on appelle la vie, pense-t-il. Jusqu’à maintenant, il ne s’en était jamais rendu compte. Il n’avait jamais eu le loisir de le faire. Il ne s’était jamais retrouvé seul. Face à lui-même.
Finalement, ce n’est pas si terrible. Cela lui plaît. Tout comme cette rue, cette ville, ce ciel pâle et ce soleil hivernal. La nouveauté.
Il termine son café.
Une jeune femme passe près de sa table, ils échangent un regard. Elle est brune, pâle et mélancolique. Mais elle lui sourit, poliment. Elle continue sa route.
Il sent comme un goût différent sur ses lèvres. Celui du hasard, de l’inconnu. Et paradoxalement, de l’optimisme.
Il aurait pu descendre du train plus tôt, ou bien continuer encore. Mais il a choisi de s’arrêter là. Il s’y sent bien déjà.
Il songe à ce que ce changement va lui apporter. Aux centaines de possibilités qui s’offrent désormais à lui.
Ce n’était pas le cas, avant. Tout était fade, obscur, fermé. Il n’y avait aucune alternative. Alors qu’à présent tout est clair et dégagé. Dans sa tête. Autour de lui.
Il pense à ce qu’il pourra faire, aux personnes qu’il va rencontrer, à tout ce qui l’attend. Comment s’y refuser et surtout, pourquoi ? Il a attendu cet instant précis toute sa vie. Ce point de non-retour. Ce commencement d’autre chose. Et il y est enfin prêt.
Le jeune homme repose sa tasse vide. Il sourit encore.
C’est l’hiver. Un matin. Le soleil brille assez pour effacer les doutes, les peurs. Pour conserver l’espoir.
Le jeune homme se lève et reprend son chemin. Il est serein. Confiant. Il a compris, il est en paix avec lui-même.
Peu importe le moment, peu importe la façon, il sait à présent que tout peut changer.
Que l’on peut décider.
Et surtout, que l’on a tous droit à une deuxième chance…

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© Ophélie Pemmarty – Tous droits réservés

Fan

Il est là, le moment. Celui que tu as attendu pendant des semaines, des mois… peut-être même des années. Pendant tout ce qui a été ta vie jusque-là même si tu n’en avais pas conscience.
Au départ c’était presque rien.
Une chanson. Une voix. Un visage… Et puis sans trop savoir comment, sans trop savoir pourquoi, c’est devenu une partie de toi. Peut-être que cette partie-là était vide avant. Peut-être qu’elle attendait juste la bonne chanson, la bonne voix, le bon visage, pour être enfin comblée.
Et puis les chansons se sont succédé. La voix et le visage sont devenus une personne bien réelle dans ton existence. Un idole. Il a pris une place que d’autres ne comprennent pas, ne comprendront jamais.
Parce que cette voix, ce visage, te parlent plus que certains de tes proches parfois. Parce que devant ce regard tu as l’impression d’être compris, au son de cette voix tu as l’impression d’être consolé, et parce que d’une certaine façon tu sais que ton idole ne t’abandonnera jamais.
Et depuis qu’il est là, tu n’es plus tout à fait seul.
Tu as passé des heures à écouter. Seul dans ta chambre. Ou dans un bus, un métro ou un train, écouteurs sur les oreilles. À fond dans le salon en dansant comme si plus rien n’existait autour. Parce que la musique rend libre.
Tu les connais par cœur, toutes ces chansons. Tu pourrais refaire chaque intonation, chaque note, chaque accord. Et pourtant à chaque fois que tu les écoutes c’est la même passion au fond de toi, un pincement au cœur – un peu comme quand on tombe amoureux pour la première fois.
On te dit que tu vas te lasser, qu’un jour tu en auras marre, que c’est juste une passade. Mais toi tu sais que non. Tu sais que ce que tu ressens, là, ce n’est pas près de s’arrêter. Et de toute façon tu ne veux pas que ça s’arrête. Parce qu’avec cette sensation, c’est comme si tu vivais plus fort.
Alors tu laisses parler. Ce n’est pas grave s’ils ne comprennent pas. Quelque part par là, il y a forcément d’autres personnes qui vivent la même passion, qui partagent ces émotions. Alors même si tu ne les connais pas, il y a quand même ce sentiment d’appartenance. Qui finalement te rapproche des autres, de tous ces inconnus dont tu ignorais l’existence avant, mais qui sont quand même là.
Tu ne te doutes pas au début que tu vas peut-être rencontrer des personnes formidables dans cette foule d’anonymes. Pourtant un jour ça arrive. Tu ne t’y attends pas et soudain, tu as trouvé des amis plus importants que ceux que tu aurais pu avoir avant, qui te comprennent sans chercher à le faire, qui t’acceptent sans avoir besoin de le faire.
Et ta vie continue de changer. Chaque jour. À chaque nouvelle chanson. Jusqu’à ce fameux moment que tu as attendu si longtemps, qui va basculer ta vie tout entière.
Le premier concert.
En une journée, tu as l’impression d’expérimenter toutes les émotions possibles et imaginables. Et tu sais déjà que tout ça restera gravé en toi, quoi qu’il se passe ensuite.
Il y a l’attente, longue et pénible et délicieuse en même temps. Il y a les rencontres, sources de rires, d’effusions et de battements de cœur frénétiques. Il y a aussi ce moment stupide où tu te rends compte que tu es déjà épuisé, mais que tu sais que ton corps obéira parce que c’est ton cœur qui le fait avancer.
Il y a l’ouverture des portes. La précipitation jusqu’à te retrouver dans la salle, jusqu’à voir la scène de tes propres yeux, enfin. L’attente à nouveau ; quand les secondes semblent s’étirer éternellement alors que tu es déjà à bout. À bout de nerf, à bout de souffle, à bout de forces…
Par moments tu ne sais plus si tu te trouves vraiment là, si ce n’est pas juste un rêve de plus. Et puis tes muscles douloureux te rappellent que c’est réel. Et ça te soulage. Parce que tu échangerais bien un milliers de rêves pour quelques heures de cette réalité.
Enfin les lumières s’éteignent… Le vacarme autour de toi devient plus sourd, étouffé par la tension qui règne dans la salle entière. Elle est palpable, électrisante. Comme un souffle qui survole le public, préambule de tout ce qui éclatera sur la scène dans quelques minutes… dans quelques secondes…
Les dernières sont les plus difficiles. Quand l’intro est lancée, que tu sais que les artistes sont là, si proches. Plus qu’ils ne l’ont jamais été jusqu’à présent.
3… 2… 1…
Et là tu ne comprends plus rien. Tu as oublié tout ce qui s’est passé jusqu’à maintenant et comment tu es arrivé là. Ça n’a plus aucune importance parce que tu le vois enfin.
Ton idole. Devant tes yeux. C’est son visage et son corps que tu vois, c’est sa voix que tu entends. Pour de bon. Et c’est tellement surréaliste que pendant quelques minutes, tu n’oses tout simplement pas y croire.
Il est comme tu l’attendais et encore mieux. Tu as beau le connaître par cœur, tu as beau avoir contemplé des centaines de photos et visionné autant de vidéos, il est quand même un peu différent.
Tu reconnais ses sourires, ses attitudes. Tu sais exactement quelle expression il a quand il chante, quels mouvements il peut faire, quelles intonations il va prendre. Mais pourtant tu as l’impression de le redécouvrir quand même.
Ça te tort le ventre de le voir comme ça. En vrai.
Tu as le cœur qui bat tellement fort et tellement vite qu’il va peut-être finir par exploser. Tes mains tremblent, ton souffle est court ; tu as l’impression d’être au milieu d’un vertige et scotché sur place en même temps. Mais bizarrement c’est la meilleure sensation que t’aies jamais connue.
Et à partir de là tout passe beaucoup trop vite. Comme si le temps voulait lui-même rattraper sa fuite, après avoir traîné si longtemps.
Tu ne t’en rends pas compte, parce que tu vis chaque seconde comme si c’était la dernière – avec dans un petit coin de ta tête cette idée effrayante que, quoi qu’il arrive, il y aura une dernière seconde.
Tu chantes, tu souris, tu tapes dans tes mains, tu cries, tu pleures parfois… les émotions sont les mêmes que celles que tu avais dans ta chambre, en solitaire. Sauf qu’elles sont multipliées par mille et que tu les partages avec des centaines de personnes ; un moment de communion que tu ne connaîtras nulle part ailleurs.
Tu es enivré, évadé, impressionné, bouleversé, passionné… Il t’est impossible de ressortir indemne d’un moment comme celui-là. Parce que si tu as patienté des semaines, des mois, et peut-être des années avant de le vivre, tu n’avais jamais cru qu’il serait à la mesure de cette interminable attente.
Alors qu’il l’est. Il va même au-delà de tes espérances. C’est juste le plus beau moment de ta vie. Tu en connaîtras d’autres, dans des contextes différents. Mais à cet instant précis, rien ne peut surpasser ce que tu es en train de vivre.
Tu écarquilles les yeux pour ne rien manquer du spectacle, en espérant de toutes tes forces que chaque fraction de seconde restera gravée dans ton cœur.
C’est ce qui arrive d’ailleurs. Parce que dans cette salle, devant cette scène, là où tu vois ton idole pour la première fois, tu abandonnes une petite partie de toi. Les souvenirs la remplaceront et t’accompagneront, mais ce bout de toi restera là. Invisible entre les lumières. Anonyme au milieu d’autres. Et éternel tant qu’il y aura quelqu’un pour s’en rappeler.
La dernière chanson arrive finalement. La dernière note, le dernier mot.
Tu voulais que rien ne s’arrête mais tu sais bien que rien ne dure, il faut faire avec.
Tu regardes ton idole, tu l’admires, tu le contemples, et ce jusqu’à l’infime moment où il va finalement disparaître de ton champ de vision. Même après tu le cherches encore un peu des yeux, parce que tu t’étais habitué à le voir ainsi et que son absence te pèse déjà.
Tu sais que c’est fini mais tu ne t’en rends pas encore compte. Tu te sens un peu sonné, c’est dur de rouvrir les yeux sur la réalité. Alors tu ne fais rien pour sortir de cette étrange extase… Peut-être que tant qu’elle durera, elle tiendra la douleur à distance.
Oui, tu sais que la douleur viendra, en même temps que le manque.
C’est le problème quand on vit un moment si fort. Quand certaines choses qui sont simplement agréables pour d’autres sont devenues intenses pour toi. Mais tant pis. Un peu de chagrin vaut bien ce bonheur incroyable qui baigne encore chaque partie de ton cœur, de ton esprit, de ton corps. Il sera sans doute suffisant pour supporter « l’après ».
Quand tu quittes la salle, quand tu te retrouves seul, quand tu rentres chez toi et que tu te réfugies dans ton lit parce que c’est le seul endroit où tu as encore envie d’aller… tu sais que cet « après » a commencé.
Alors tu fermes les yeux pour tout revoir dans ta tête. Tu entends encore la musique, parce que le battement dans tes oreilles ne s’est pas éteint. Tous les muscles de ton corps te font mal mais tu apprécies chaque douleur parce qu’elle ne fait que témoigner de l’intensité de ce que tu viens de vivre.
Et tu commences à comprendre que quelque chose a changé au fond de toi. Tu ne saurais pas dire quoi exactement, mais quelque chose est différent. Tu le sens, et ça te plaît.
Tu ne sais pas si ça restera, si ça durera. Mais à ce moment-là rien n’est plus précieux que ce que tu as vécu. Rien ne l’effacera jamais. Aussi longtemps que tu vivras, même après les meilleurs et les pires instants que tu pourras connaître, il restera toujours cette lointaine sensation au fond de toi…
Celle d’être fan.

© Ophélie Pemmarty – Tous droits réservés