L’horloge

Il y a quelques jours, en faisant mes courses, un petit papi m’aborde parce qu’il est intrigué par un de mes tatouages (c’est une montre à gousset), et il me raconte qu’il est collectionneur d’anciennes montres et d’horloges, etc… Puis il me demande la signification de l’heure et de la date autour de la mienne, qui sont celles de la naissance de ma fille, et il me dit alors que chez lui, il a une horloge comtoise qui a toujours été arrêtée à dix heures moins dix et que les gens lui demandent pourquoi. Je lui réponds que ça doit avoir une signification pour lui, et là il me dit, les larmes au yeux, que cette horloge s’est arrêtée un matin de juillet 1942, le jour où ses parents juifs ont été arrêtés par la Gestapo.
Il était enfant. Personne n’a jamais remonté l’horloge, et il n’a jamais revu ses parents…
C’était juste une petite discussion, mais ça m’a tellement émue que j’avais envie de le partager. Et puis j’ai même écrit un poème, que vous pouvez découvrir ci-dessous. C’est sans doute ma façon de remercier cet homme pour cet échange, cette émotion, et l’inspiration qui en a découlé…

L’horloge

L’horloge est debout, au milieu du salon
Ses aiguilles depuis des années arrêtées
Peut-être attend-elle un pardon
Que personne ne pourrait accorder

C’était hier, l’été, un beau matin
Puis des cris et des coups à la porte
Les uniformes qui annoncent la fin
C’est hier que son enfance est morte

Et dans le silence qui subsiste
Le temps lui-même s’est figé
Pour toutes les âmes qui résistent
Quand d’autres voudraient les damner

L’horloge est debout, au milieu du salon
Immuable malgré les heures qui passent
Elle patiente, elle observe, sans un son
Et devant elle les existences s’effacent

C’était hier, mais rien n’a changé aujourd’hui
Chaque jour est un nouveau combat
Pour pouvoir aimer, pour rester en vie
C’était hier mais nous en sommes toujours là

Et dans le silence qui s’étend
Entre nous, entre eux, entre tous les cœurs
Le passé devient sans cesse présent
Il nourrit mais dévore notre bonheur

L’horloge est debout, au milieu du salon
Et près des photos de ses parents disparus
L’enfant est devenu vieillard au fil des années
Il est toujours dix heures moins dix, au milieu du salon
Depuis ce moment, il ne les a jamais revus
Et l’horloge plus jamais n’a sonné…

© OPHÉLIE PEMMARTY – TOUS DROITS RÉSERVÉS

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